Mon croisementChapitre I / V1972–1976
Né au croisement
Ce qui passe d’un monde à l’autre : le souffle
Le 16 mai 1972, à Tours, les lignées anglaise, américaine et turque se rejoignent en un enfant. Ses premières années tiennent dans quelques scènes que la famille a racontées et répétées.
Trois mondes dans le dos
Alexander Remzi George Swann naît à Tours le 16 mai 1972, neuf mois après le mariage de ses parents au Portugal. Son père, Gordon, est un peintre anglais ; sa mère, Ülker, une Turque devenue britannique par son mariage. Son deuxième prénom vient de son oncle maternel : Remzi, de l’arabe ramz, « le signe ». À la maison, on parle anglais ; il l’apprendra avant le français.
Le 1 %
Avant même la naissance, il y a eu un seuil. Opérée d’un fibrome environ trois mois avant le terme, Ülker entend les médecins donner à l’enfant une chance sur cent. Elle reste calme. Toute sa vie, elle racontera qu’elle savait qu’il vivrait.
La clairière
Les premières années se passent dans une petite maison au milieu d’une forêt privée de Touraine, près du château du grand-père, Cecil. Une clairière, des biches, des cerfs, des lapins, des pigeons, des serpents. Une vie modeste, un père artiste, une mère solide.
Les frelons
Vers un an, l’enfant joue dans le jardin quand sa mère voit les frelons se multiplier autour de lui. Elle le rentre. L’essaim assiège la maison : les fenêtres, les portes, la cheminée, où se trouve le nid. Le feu allumé dans l’âtre les rend furieux. Pendant des heures, les deux parents se battent avec des serviettes mouillées pour tenir la maison.
Le geste de la grand-mère
Avant deux ans, il avale un objet dans l’herbe et s’étouffe. Les secours sont loin, les parents paniquent. La grand-mère américaine, avec un flegme absolu, le couche sur ses genoux la tête plus basse que le corps et lui tape doucement le dos en lui parlant. L’objet sort. L’enfant respire.
Le château
Quand ses parents montent à Paris pour travailler, il reste au château du grand-père, avec ses grands-parents, sa tante et sa cousine : un grand parc, des habitudes anglaises, un clan qui remplit l’espace. Sa mère revient le voir dès que le travail le permet.
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